Généralissime Min Aung Hlaing
Président du Conseil d'administration de l'État
Naypidaw
République de l'Union du Myanmar

 

 

Bruxelles, le 29 mars 2021

 

L'Union Bouddhique Belge (UBB) est une association qui regroupe plus de 30 organisations bouddhistes en Belgique, représentant un large éventail de traditions bouddhistes aussi bien Theravada que Mahayana et Vajrayana. Comme partout en Europe, la présence du bouddhisme en Belgique s'est considérablement accrue au cours des 50 dernières années pour atteindre un nombre de plus de 150 000 bouddhistes, non seulement en raison de la présence de ressortissants de pays traditionnellement bouddhistes, mais surtout parce qu'un nombre sans cesse croissant de Belges ont adopté le bouddhisme comme philosophie de vie, inspirés par le message de sagesse, d'altruisme, d'ouverture d'esprit, de bonté et de compassion illimitée envers tous les êtres vivants.

En tant qu'organe représentatif des bouddhistes en Belgique, l'UBB est l’interlocuteur du gouvernement belge dans le processus de reconnaissance officielle du bouddhisme, de manière à ce qu’il puisse être mis sur le même pied que le christianisme, l'islam, le judaïsme et la laïcité. Nous entretenons également des relations amicales de longue date avec les bouddhistes du Myanmar.

En tant que pays à forte tradition bouddhiste, le Myanmar et ses habitants nous tiennent à cœur, qu'ils soient bouddhistes, chrétiens, musulmans, juifs, hindous, sikhs, de toute autre religion ou libre-penseurs. Nous avons été encouragés par l'évolution positive de la situation au cours de la dernière décennie, qui a permis aux habitants du Myanmar de jouir des droits de l'homme et de la démocratie, conformément aux valeurs bouddhistes fondamentales. Quelles que soient les difficultés rencontrées, le Myanmar était à nouveau parvenu à participer à la communauté internationale et a progressé de manière significative dans divers domaines.

Cependant, nous regrettons profondément que tous les groupes ethniques du Myanmar ne bénéficient pas de la pleine citoyenneté et surtout que ces dernières années, plusieurs centaines de milliers de musulmans Rohingyas aient été obligés de fuir le pays pour échapper à la violence. Les réfugiés rohingyas devraient être autorisés à retourner en toute sécurité au Myanmar, être respectés dans leur mode de vie et leur religion et bénéficier d'une pleine citoyenneté.

Nous avons été très choqués par la prise de pouvoir par le Tatmadaw du Myanmar le 1er février 2021, qui a destitué le chef de l'État et les dirigeants politiques élus conformément à la constitution de 2008. Cette action a été largement condamnée par la population du Myanmar qui est sortie en grand nombre pour manifester contre ce qui est considéré comme un coup d'État illégitime. De même, la détention au secret de la conseillère d'État Aung San Suu Kyi et du président Win Myint depuis le 1er février a été largement condamnée comme étant illégale.

Nous notons également que d'éminents moines bouddhistes appartenant à d'importantes institutions monastiques du Myanmar ont dénoncé ces actions du Tatmadaw comme étant illégitimes et qu'ils ont exigé que les dirigeants élus soient libérés et réinstallés dans leurs fonctions constitutionnelles.

L'intervention militaire qui met un terme à l'évolution pacifique du Myanmar vers la démocratie nous attriste. Un droit humain fondamental est le droit d'exprimer ses opinions. Il est donc très inquiétant de constater que des civils non armés, qui exercent leur droit d'exprimer leur désapprobation de la prise de pouvoir par le Tatmadaw, sont de plus en plus confrontés à des forces de police qui utilisent des munitions à balles réelles contre eux, ce qui entraîne la mort de manifestants dont le nombre augmente de jour en jour. Selon les derniers rapports, plus de deux cents manifestants ont été abattus par les forces de police au Myanmar.

Rien ne peut justifier une telle violence de la part de ceux qui sont chargés de maintenir l'ordre public. Nous implorons avec insistance ceux qui exercent actuellement l'autorité de mettre immédiatement fin à ces violences et de traduire en justice les auteurs de ces méfaits. En tant qu'organisation bouddhiste, nous ne sommes pas concernés par l'exercice du pouvoir politique ni dans notre pays ni dans aucun autre pays. Mais nous sommes concernés par les valeurs bouddhistes fondamentales que sont la paix, la non-violence, la justice et les droits de l'homme.

C'est pourquoi nous nous exprimons lorsque des jeunes qui manifestent dans l’espace public sont tués, lorsque des dirigeants démocratiquement élus sont maintenus en détention et lorsque des milliers d'innocents, y compris des moines bouddhistes respectés, sont emprisonnés. Cette situation inacceptable doit prendre fin. Pour des raisons bouddhistes aussi bien que du point de vue de l'État de droit et du respect des droits de l'homme, nous attendons de ceux qui sont au pouvoir au Myanmar qu'ils cessent de tuer des civils non armés, sans faire de différence entre bouddhistes, musulmans, chrétiens, juifs, hindous, sikhs ou adeptes de toute autre religion ou philosophie, qu'ils libèrent les civils emprisonnés illégalement et qu'ils rétablissent dans leurs fonctions constitutionnelles les dirigeants démocratiquement élus.

 

Carlo Luyckx
Président de l'Union Bouddhique Belge