Le nirvâna signifie dans les textes anciens l’ opposé du samsâra, le cercle vicieux des existences conditionnées. Le   terme ne désigne ni un lieu de félicité ni un paradis, mais une dimension spirituelle atteinte par le pratiquant quand il a mis définitivement fin aux conditions productrices de souffrance. Il y a alors extinction ou épuisement des mécanismes de la souffrance et accession à un état inconditionné de sérénité indestructible.
 
 
Pour parler de cette dimension de l’au-delà de la souffrance, le Bouddha a utilisé plutôt discours apophatique:

Il est, Ô moines, un domaine où il n‘y a ni terre ni eau ni feu ni  vent, ni domaine de l‘infinité de l‘espace ni domaine de I’infinité de la conscience, ni domaine du néant ni domaine sans perception ni absence de perception, ni ce monde-ci ni I’ autre  monde, ni soleil ni lune ; celui-là, ô moines, je ne l’appelle ni allée ni venue, ni durée ni décès ni renaissance, car il est dépourvu de fondement, de progression et de support: c’ est la fin de la douleur.

 Il n’est pas question ici d’un anéantissement comme l’ ont cru certains auteurs occidentaux qui ont accusé le  bouddhisme de nihilisme. C’est bien plutôt la fin de tout conditionnement. Or, ce qui est du domaine de I’Inconditionné échappe au pouvoir des mots et des concepts de I’ Esprit raisonneur. Tout qualificatif descriptif ne ferait que limiter ou borner ce qui ne I’est pas.
 On ne confondra pas nirvâna et Eveil, même si ces notions sont intimement liées. Le nirvâna a un rapport direct avec la libération de la souffrance et des conditionnements, tandis que l‘Eveil est un phénomène de nature cognitive qui implique la manifestation pleine et entière de la sagesse, c’est-à-dire de la connaissance directe et non conceptuelle de la Réalité telle qu’elle est.

Philippe Cornu (2013), Le bouddhisme : une philosophie du bonheur ?, Editions du Seuil